Emission TV Arte 21 février 2017 - Message de Thomas Sannié

Chers ami(e)s, 

Je viens vers vous pour vous indiquer qu’un reportage va être diffusé ce soir 21 février sur ARTE, intitulé le Business du sang, dans le cadre de l’émission Théma, à 20h50, que vous pourrez revoir sur ARTE +7, relatif à la manière dont est collecté le sang aux EUA. Des adhérents vont se poser des questions sur la dangerosité potentielle des médicaments qu’ils utilisent notamment d’Octapharma, Shire (ex-Baxter), CSL Behring puisque les trois sociétés visées dans ce reportage. 

Nous avons appris la diffusion de ce reportage début février et nous avons pu le visionner que la semaine dernière. J’ai demandé à certains membres du GT Plaidoyer de santé publique de le visionner. Ils m’ont fait des retours importants.

 

Nous arrivons à la conclusion suivante :

Le film est choquant : c’est une réalité qui est présenté devant nous. À notre avis le reportage pose plus le problème éthique du don du sang que de la sécurité sanitaire. Est ce que, ce qui moralement condamnable peut être accepté au nom des besoins des patients? est ce que le besoin des uns couvre l’immoralité des autres? c’est un réel enjeu éthique. Mais c’est une réalité le don du plasma non rémunéré ne couvre que 20% des besoins mondiaux. L’AFH a toujours été favorable au développement du don non rémunéré dit éthique mais elle sait très bien que sur cette seule source de plasma, les besoins des malades ne seraient pas couverts. Le reportage confond malheureusement auto suffisance en don du sang et autosuffisance en plasma. si le premier est normal, le second est impossible compte tenu de la demande.

Ainsi le film ne dit pas la nécessité de l’accès aux soins (qui est donc aussi un enjeu éthique), le plasma issu du don du sang non rémunéré n’y suffisant pas. Il ne parle pas non plus de la question finale des modes de fabrication sécurisé et d’élimination des risques pathogènes (des virus). Il met en avant que le don rémunéré constitue une source de risque plus important pour la rapidité de sa diffusion en cas d’apparition d’un agent pathogène inconnu, ce qui est sans doute vrai, mais cela serait également la même chose avec du plasma non rémunéré. nous en savons quelque chose, il est donc faux de dire que le don du sang bénévole évite les contaminations.

À l’annonce de ce reportage, l’AFH a demandé à la DGS et l’ANSM d’organiser une réunion permettant d’établir de confronter les points de vue sur la position à prendre. Etaient présents, l’ANSM (agence du médicament), l’EFS (établissement français du sang), la FFDS (les donneurs de sang), le Centre de transfusion des armées, IRIS (association de patient), l’AFH bien entendu. Le débat a été vif, mais il était intéressant et a marqué une opposition vive entre l’ANSM et les FFDS sur le contrôle réel de la provenance des don de plasma issu de sang rémunéré ou non rémunéré. L’ANSM affirmant qu’elle pouvait le faire, la FFDS estimant qu’elle n’en était pas capable. Je vous rappelle que nous avons admis dans une stricte condition le don du sang HSH, le mérite du reportage permettra sans doute de vérifier comment les dons du sang rémunérés ou non sont intégrés dans les MDS et si la loi française en la matière est respectée.

 

Si vous avez des questions demain ou dans les jours qui viennent, nous vous adressons des éléments de réponse en 1ère intention à fournir : 

«  Le reportage soulève des enjeux éthiques relatif au don du sang et de plasma dans certains pays et particulièrement questionne les conditions de sécurité et de santé des donneurs et leur protection face à ce qui s’apparente, dans certains pays, à une forme d’exploitation de la pauvreté. La limitation du nombre de dons par an est un facteur de garantie contre ce type de dérive. La France a choisi de limiter strictement le nombre de don annuel de plasma (24 par an contre 105 aux EUA). Ces mesures visent à protéger les donneurs.

Pour les receveurs ou bénéficiaires de ces traitements, il est important de comprendre que quelque soit le mode de collecte les produits plasmatiques (par don rémunéré ou non), leur sécurité est garantie par la sélection des donneurs, leur fidélité et les modes de fabrication et notamment d’élimination des agents pathogènes. C’est cette dernière étape qui assure avec certitude la sécurité des médicaments à destination des malades. Il n’a été rapporté aucune contamination de personne atteinte d’hémophilie par le VIH ou le VHC depuis que des mesures visant à éliminer des agents viraux ont été systématiquement mises en place en 1992. 

En l’occurrence, quelque soit le mode de collecte rémunéré ou don, tous les produits issus du don du sang font l’objet de contrôles de qualité d’abord par l’industrie pharmaceutique et ensuite par les Agences sanitaires responsables, en France c’est l’ANSM. 

L’enjeu est celui de l’apparition de nouveaux agents pathogènes inconnus, c’est pourquoi, sans relâche, l’AFH affirme la plus grande vigilance en matière de sécurité sanitaire et fait une pression constante sur les pouvoirs publiques et les industriels du médicament pour que ce contrôle soit optimum.

Par ailleurs, il convient de noter que les médicaments concernés par ce reportage ne concernent pas les médicaments dit recombinant issus du génie génétique » 

 

Je vous laisse remonter d’éventuelles questions que vous pourriez avoir ou celles de vos adhérents.

 

Sachez que l’AFH a décidé d’écrire une lettre ouverte aux 3 laboratoires cités dans le reportage avec une liste de question que nous souhaitons leur poser. Nous pensons envoyer ce document avant la fin de la semaine. 

 

Nous allons communiquer sur nos réseaux sociaux pour indiquer notre position.

 

Avec tous mes remerciements pour votre attention.

 

Thomas Sannié
Président de l'Association française des hémophiles